Un choix radical, presque à contre-courant des modèles dominants, a redessiné les contours du handball portugais ces dernières années. Depuis 2016, la fédération portugaise de handball a adopté un mode de recrutement inédit en Europe, privilégiant les partenariats avec les clubs universitaires plutôt qu’avec les structures traditionnelles. Contrairement aux habitudes des grandes nations du handball, le Portugal a confié la direction de son équipe nationale à Paulo Pereira, connu pour ses méthodes de travail inspirées de la recherche académique.
Cette stratégie a permis de faire émerger une nouvelle génération de joueurs formés dans un environnement où l’innovation pédagogique et la polyvalence tactique sont devenues des priorités. Les résultats, parfois inattendus face à des adversaires mieux installés, témoignent d’une évolution profonde du handball portugais.
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Les clubs universitaires, moteur discret de la montée du handball au Portugal
Dans les villes comme Lisbonne et Braga, le handball universitaire avance sans tapage, loin de l’attention monopolisée par le football. Les clubs universitaires, liés à des institutions telles que l’ABC/UMinho ou le Sporting Portugal, occupent une place stratégique dans le développement des joueurs et la montée en puissance du handball portugais. La Fédération Portugaise de Handball pilote la structuration globale, mais la dynamique, l’innovation et le renouvellement viennent des campus.
Quelques chiffres suffisent à prendre la mesure du phénomène. L’équipe masculine, largement composée de talents sortis du vivier universitaire, s’est imposée sur la scène européenne. ABC/UMinho s’est illustré en remportant la Challenge Cup, a éliminé Bregenz, puis Benfica Lisbonne. De son côté, le FC Porto s’ancre régulièrement dans la Ligue des Champions, nourri par la dynamique universitaire. Les rivalités entre Porto, Benfica, Sporting et Braga s’expriment autant dans la professionnalisation que dans la course à la formation et à la gestion sportive. C’est ici que les étudiants-athlètes écrivent leur histoire.
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Voici comment ces dynamiques s’expriment concrètement sur le territoire portugais :
- À Madère, le handball féminin s’appuie sur des clubs comme Madeira Andebol, Gil Eanes ou Alavarium. Pourtant, l’absence d’une structuration professionnelle solide limite encore la progression nationale.
- Le handball masculin, lui, profite d’un ancrage universitaire qui insuffle énergie à la ligue et pèse dans les compétitions EHF.
- La crise du Covid-19 a mis les championnats sur pause, révélant à la fois les fragilités des structures et l’incroyable capacité d’adaptation des clubs universitaires.
La gestion sportive au Portugal, longtemps tiraillée entre ligue privée et fédération, trouve dans l’université un terrain d’expérimentation et de résistance. On le constate à travers le parcours de Sandra Fernandes, élue meilleure coach la saison passée, ou celui de Carlos Neiva à Alavarium : la transmission des savoir-faire s’opère autant sur le parquet que dans les amphithéâtres. Le handball universitaire, souvent en retrait des projecteurs, façonne les trajectoires et alimente les ambitions internationales de la fédération.

Paulo Pereira : comment ses innovations transforment l’équipe portugaise et inspirent la relève
Depuis 2016, Paulo Pereira a offert à la Seleção une vision claire, singulière dans le paysage du handball portugais. Son travail repose sur l’analyse vidéo poussée, l’attention portée aux détails tactiques, et une exigence quotidienne. Plus qu’un manager, Pereira a forgé une culture où la performance s’accompagne d’anticipation et d’audace. Il a puisé dans le volley et le basket pour enrichir le jeu portugais, insufflant créativité et acceptation du risque, toujours mesuré.
Quelques marqueurs illustrent la transformation opérée :
- Des victoires marquantes contre la France, la Suède, la Hongrie ou la Bosnie à l’Euro 2020, signes que l’équipe portugaise n’a plus peur des grandes nations.
- Un socle solide bâti sur les clubs universitaires, véritables pépinières de joueurs polyvalents et intelligents sur le terrain.
- L’intégration de joueurs naturalisés, comme Victor Iturriza et Daymaro Salina du FC Porto, qui apportent puissance et diversité au collectif.
Pereira se distingue aussi par sa gestion humaine : il responsabilise ses leaders, à l’image de Gilberto Duarte, et s’appuie sur la force tranquille d’Alfredo Quintana, jusqu’à sa disparition. La sélection portugaise conjugue désormais la rigueur héritée des clubs professionnels et l’esprit d’initiative né sur les campus. Pour les étudiants-athlètes, ces parcours ouvrent des horizons. S’inspirer de leurs aînés, rêver d’exploits en sélection, c’est désormais possible grâce à un sélectionneur qui place l’innovation au cœur du projet et la confiance comme moteur de progression.
Le handball portugais avance, porté par la jeunesse des campus et l’audace de ceux qui refusent d’enfermer le jeu dans les habitudes. Demain, peut-être, d’autres nations regarderont vers Lisbonne ou Braga pour comprendre comment l’intelligence collective façonne des victoires inattendues.

